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MANÈGE ENCHANTÉ

Wabé va exposer ses dernières oeuvres à Limoges à l’occasion de la Foire de mai 2017. Artiste comblée et multi récompensée elle ne néglige jamais les occasions d’accaparer des lieux atypiques pour faire découvrir son oeuvre. Son expo sera présentée au Pavillon Buxerolles.

Centre France événements va lui rendre un hommage appuyé lors de cette exposition qui sera l’événement artistique de ce printemps dans le Limousin.

Elle parle de « l’authenticité des gens qui font ça pour eux » lorsque je lui demande ce qui lui a donné envie d’embrasser une carrière d’artiste. Elle se souvient du vieux Monsieur Ferrara, un ancien docker, ami de la famille, quasiment aveugle, qui peignait des toiles naïves avec bonheur. Wabé se rappelle aussi la classe de travaux manuels, à l’école primaire : « le seul endroit où j’avais du plaisir, où l’ennui disparaissait. »

C’est là qu’elle a découvert, à onze ans, le papier mâché. « Un choc physique ». Dès lors, elle n’a eu de cesse de modeler, notamment des masques, au début. « Je n’avais de goût que pour cela. Tout le reste était une souffrance, tout le reste je le faisais à contre cœur. » À Marseille, les six enfants grandissaient autour du père, docker lui aussi, qui sculptait, peignait en amateur et collectionnait les magazines d’art d’occasion – « mes premières bandes dessinées. » La mère était musicienne. Elle écrivait et lisait beaucoup.

À vingt ans, c’est décidé : installée à Toulouse, Wabé abandonne l’étude de l’allemand – la langue de sa mère – pour l’histoire de l’art. Trois ans plus tard elle s’inscrit aux beaux-arts de Paris, où le peintre Cueco lui laisse « une paix royale ». La jeune femme prend pour pseudonyme ses initiales. Et le papier mâché entre en majesté. « Ma nourriture, mon pain quotidien, mon équilibre : je ne sais pas comment faire autrement. » À l’issue de moult expériences, le vocabulaire de Wabé se met en place. De ses doigts experts surgit irrémédiablement « un monde grouillant, animal ou humain mais pas végétal. » Vivant, mouvant, émouvant.

Des formes caractéristiques, ajourées et alvéolées, évoquant simultanément la liberté et la sécurité, s’imposent à chaque fois. La couleur les inonde, solaire, éclatante. Histoire de « satisfaire ma faim de ciel bleu. »

 

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Tout ce qui naît dans l’atelier a fort à faire avec la métamorphose : assemblés en réseaux, les éléments qui constituent chaque sculpture semblent être tous un seul et même être, en fait. Comme si les motifs imaginés fixaient chacun un état fugace – saisi entre deux transformations incarnées par des réseaux serpentins – d’une même présence. Tout cela est issu « de rêves et de visions. C’est spontané au départ et ensuite, c’est très laborieux ».

Wabé se nourrit de voyages, de New York en Israël et jusqu’en Nouvelle Calédonie. Créer ? Réussir un cocktail, qui mêle « l’environnement et ma folie à moi. » Elle aime les contes du monde entier, signés Andersen, Grimm, Lewis Caroll ou encore anonymes, égrenés oralement par des griots africains. L’histoire de l’art lui est également précieuse : elle « vole des fragments » qui la touchent. Munie d’un appareil photographique, elle capture par exemple des détails du fameux triptyque La Tentation de Saint-Antoine de Jérôme Bosch (1453 – 1516).

Elle travaille beaucoup. Jusqu’à ce que la forme qui surgit acquiert « une cohérence. » Dans l’atelier, des bijoux – elle en a créé environ 3000 – jouxtent les maquettes de fontaines – celle réalisée en 2000 pour un square de Choisy-le-Roi par exemple – et d’autres monuments. Petite ou colossale, chacune de ces créations ouvre de grands yeux et montre bien les dents, comme pour nous indiquer la condition stupéfaite qui est la nôtre, face au mystère de nos existences.

Chacune de ces œuvres invite aussi à la caresse, tant ses courbes patiemment modelées sont souples. Les contempler donne envie d’écrire une nouvelle histoire de l’art, initiée par les vénus callipyges préhistoriques et rebondissant à travers les millénaires jusqu’à notre époque ; pour triompher du côté du Nouveau Réalisme de Niki de Saint-Phalle, de la Figuration Libre de Richard Di Rosa et des œuvres de Wabé, en passant par des trésors d’art populaire, mexicain ou japonais.

Sculptures ? Wabé préfère parler de « grigris à moi » ou encore de « petits gâteaux ». Sculpture ! Avec toujours « la peur au ventre de ne pas y arriver » depuis trente ans et tout en élevant trois filles Wabé retrousse ses manches toujours plus haut et affute sa sensibilité toujours plus profondément. Très loin des diktats minimalistes et conceptuels de l’art officiel, au bout du conte, elle fait du monde un manège enchanté. Intime et universel.

Françoise Monnin, Paris, octobre 2012

Les propos de l’artiste ont été recueillis dans son atelier, en juillet 2012.

Copyright des photos ………… Thomas Deschamps et Laurent Zilberman

 

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